03 octobre 2011

Les requins réunionnais, indésirables à la Réunion?


La semaine a été pour le moins houleuse à la Réunion.

Le bilan : un seul requin, une femelle bouledogue de 2m44, aura finalement fait les frais du "prélèvement de poissons dangereux" de 3 jours décidé par la préfecture (voir posts précédents). Un moindre mal. Quant aux filets protecteurs, voire les drum-lines (palangres flottantes) un temps envisagés pour sécuriser le site, ils ne sont plus à l'ordre du jour... pour l'instant.

Le prélèvement, ce "braconnage légal" diront quelques uns, aura provoqué un tollé certain à la Réunion puis en France, fédérant une mobilisation sur la toile contre cette décision de pêche de 10 grands squales; une mesure considérée comme injuste, inutile mais surtout inadaptée sans qu'aucune étude scientifique ne soit effectuée en amont.

Cette opération, purement médiatique, initiée avant tout pour rassurer la population et préserver l'activité touristique, aura également été soutenue par une poignée de personnes, surfeurs et "professionnels de la mer" comme ils aiment à se qualifier, convaincus qu'une "bande de bouledogues" a élu domicile sur leurs spots favoris, et que leur "prélèvement" rétablirait une "situation normale" à la Réunion.

Mais que signifie une "situation normale" exactement ? Vaquer à son loisir nautique sans considération envers le milieu dans lequel on évolue ? En étant "consommateur" de l'océan sans prise de responsabilité aucune ?
Non, bien sûr. On aime à penser que ces amoureux de la mer aient dépassé ce stade, que ce vieux concept érigeant l'homme en colonisateur marin colporté dans les vieux documentaires des années 50 se soit volatilisé à jamais...

Ou pas.

"La bande de bouledogues de Boucan a pris goût à la chair humaine, et ils en redemandent !"

Ne rigolez pas, ce genre de propos ont bels et biens étés tenus et soutenus, principalement sur quelques pages d'un réseau social bien connu... "vermine", "nuisance", "poubelle de la mer" est également populaire, mais le gagnant est sûrement l'auteur de cette tirade, apportant sa pierre à l'édifice des solutions, je cite : "faut remonter du bouledogue point barre!".

Les échanges entre pro et anti-pêche ont été rudes, souvent insipides et calamiteux, de rares fois constructifs. Alors oui, on le sait, facebook n'est pas une plateforme qui favorise réflexion et les discussions de fond, mais quand même, voilà qui est révélateur de comment le requin est considéré par certains à la Réunion. Voilà qui en dit long sur les graves lacunes en matière de connaissance des requins et du travail de remise en cause à effectuer.

La polémique n'est pas terminée. Relayée localement par les médias réunionnais dans un premier temps, elle dépasse maintenant le cadre national... notamment depuis jeudi dernier, avec la réaction musclée mais au final justifiée de Sea Shepherd France envers quelques irrécupérables vindicatifs, qualifiés de "honte pour la communauté mondiale du surf" (ceux là n'ont pas tardé à répliquer, n'étant plus à une ineptie près, provoquant une nouvelle réponse de Sea Shepherd en forme de longue "lettre d'excuses publiques").

Au jour d'aujourd'hui le drapeau rouge flotte toujours, mais quelles vont être les prochaines manoeuvres ? La Réunion semble payer aujourd'hui l'absence de décisions depuis les 20 dernières années et continue, toujours hésitante, de jongler avec le "risque requin" plutôt que de reconsidérer la question à long terme, la présence de requins pouvant être, pourquoi pas, un atout touristique. Après tout, ça s'est déjà vu ailleurs.

A suivre.


→ En bonus ce billet en forme de petit clin d'oeil historique : Des requins et des hommes, nous rappelant à juste titre que les requins étaient là et bien là avant que l'homme blanc ne débarque sur l'île Bourbon, et que la difficile cohabitation ne date pas d'hier.

→ A lire aussi, "apprenons à vivre avec le requin", une interview de Jean-Bernard Galves, plongeur réunionnais et passionné de squales.

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